La Tunisie tient sur une feuille A4 quand on la regarde de loin : un peu plus de 160 000 km², une forme de sablier posé entre l'Algérie et la Libye. Sur le terrain, c'est une autre histoire. Entre les forêts de chêne-liège de Kroumirie et les dunes du Grand Erg Oriental, il y a plus d'écarts de paysage, de densité et de qualité d'adressage que dans bien des pays trois fois plus grands. Si vous construisez un produit géolocalisé pour le marché tunisien, cette diversité n'est pas un détail de culture générale. Elle conditionne directement ce que votre carte saura afficher, et où.
Le nord : montagnes, pluie et une bonne partie de la population
Le nord est la partie que connaissent la plupart des visiteurs, et c'est aussi la plus contrastée. La dorsale tunisienne, prolongement de l'Atlas, traverse le pays en diagonale du Kef vers le Cap Bon. Au nord de cette ligne, il pleut. Il y a des barrages, des forêts, des plaines céréalières autour de Béja et de Jendouba, et la vallée de la Medjerda qui descend jusqu'au golfe de Tunis.
C'est là que se concentrent Tunis et sa banlieue (Ariana, Ben Arous, La Manouba), Bizerte au nord, et le Cap Bon avec Nabeul et Hammamet. Le Grand Tunis à lui seul pèse près d'un quart de la population du pays sur une surface minuscule. Pour une carte numérique, cela veut dire une densité d'objets géographiques énorme : rues, immeubles, commerces, arrêts de bus, tout est entassé entre le lac et les collines de Sidi Bou Saïd.
Le Sahel et le centre : le littoral qui travaille
Descendez la GP1 vers le sud et vous arrivez dans le Sahel : Sousse, Monastir, Mahdia, puis Sfax. Un chapelet de villes moyennes, des oliviers à perte de vue, une industrie textile et mécanique qui fait tourner une bonne partie de l'export. Sfax, deuxième ville du pays, a une structure très particulière avec ses routes radiales qui partent de la médina vers la périphérie et ses fameux « kilomètres » (Route de Gabès km 4, Route de Tunis km 7). Un habitant de Sfax donne son adresse en kilomètres, pas en numéro de rue. Votre géocodeur doit comprendre ça.
À l'intérieur des terres, le centre est steppique. Kairouan, Sidi Bouzid, Kasserine : des plaines d'alfa, des oueds à sec neuf mois sur douze, une agriculture irriguée qui progresse. Les villes sont espacées, les routes régionales longues, et le maillage de rues nommées se limite souvent au centre-ville.
Le sud : chotts, oasis et pistes
Passé Gabès, le paysage bascule. Le Chott el Jérid, cette immense dépression salée, sépare Tozeur et Nefta du reste du pays. Plus au sud encore, Tataouine, Médenine, et l'île de Djerba reliée au continent par la chaussée romaine et le bac d'Ajim. Ici, la carte devient plus simple en apparence : peu de routes, des villages espacés, des oasis. Mais elle est aussi plus piégeuse. Une piste qui mène à un campement touristique dans les dunes de Douz n'a pas de nom, et parfois pas d'existence officielle. Un point GPS en plein chott peut être parfaitement valide et à des kilomètres de la première adresse.
24 gouvernorats, 264 délégations
Le découpage administratif tunisien tient en trois niveaux : le gouvernorat (24 au total), la délégation (264) et le secteur, ou imada. Pour un développeur, c'est le squelette sur lequel tout le reste s'accroche : les codes postaux, les circonscriptions, les zones de livraison de vos clients.
Deux points méritent attention. D'abord, le Grand Tunis n'est pas un gouvernorat mais quatre (Tunis, Ariana, Ben Arous, La Manouba), et la frontière entre eux passe au milieu d'agglomérations continues. Une commande livrée à Ennasr est à Ariana, pas à Tunis, même si personne ne fait la différence en voiture. Ensuite, la surface des gouvernorats est à peu près inversement proportionnelle à leur population : Tataouine couvre près d'un quart du territoire pour une population comparable à celle d'une banlieue de Tunis.
Nous entretenons cette hiérarchie complète dans TMaps, et c'est ce qui permet au géocodage inverse de renvoyer non seulement une rue mais aussi la délégation et le gouvernorat. La page couverture cartographique montre le détail région par région.
Les grands axes : A1, A3, A4 et GP1
Le réseau routier s'organise autour de quelques colonnes vertébrales. L'A1 relie Tunis à Sfax en passant par Hammamet, Enfidha et Sousse, et se prolonge vers Gabès. L'A4 monte vers Bizerte. L'A3 file vers l'ouest en direction d'Oued Zarga et de Béja. Et la GP1, la nationale littorale historique, double l'autoroute du nord au sud jusqu'à la frontière libyenne : c'est elle que prennent les camions qui ne veulent pas payer le péage et les louages qui desservent chaque ville.
Autour de ces axes, des routes régionales et des routes locales irriguent le reste. Le point à retenir : la Tunisie est un pays où l'on va presque toujours du nord au sud, ou l'inverse. Les liaisons est-ouest (Sousse vers Kairouan, Sfax vers Gafsa, Gabès vers Tozeur) sont plus lentes, à une voie, avec des traversées de villages qui cassent la moyenne horaire. Un calcul d'itinéraire qui ne connaît pas ces différences de vitesse réelle vous donnera des estimations fantaisistes.
De la carte géographique à la carte numérique
Voilà le vrai sujet. Une carte géographique papier peut se permettre d'être homogène : un trait pour une route, un point pour un village. Une carte numérique doit répondre à des requêtes, et la qualité de ses réponses suit la géographie humaine du pays.
Prenez la densité d'adresses. Sur l'avenue Habib Bourguiba, chaque immeuble a un numéro, chaque commerce est répertorié. À Raoued ou dans les nouveaux lotissements de Sousse, des rues entières sont sorties de terre en cinq ans et n'ont reçu ni nom officiel ni numérotation. Le lotissement existe, les habitants y reçoivent des colis, mais la carte mondiale de référence affiche une zone vide. C'est précisément là que nous avons concentré notre travail de terrain : dans notre base, ces zones périurbaines comptent en moyenne deux fois plus de rues nommées que sur Google Maps.
Autre implication : le bilinguisme. Les panneaux sont en arabe et en français, les habitants mélangent les deux, et une même rue peut s'appeler « rue de la Liberté », « شارع الحرية » ou « Nahj el Horria » selon qui vous parle. Nos fonds de carte existent dans les deux langues, et le géocodeur accepte les deux graphies.
Enfin, le relief. Ce n'est pas anodin pour l'affichage : une carte qui montre la dorsale et les chotts du sud est plus lisible qu'un fond plat, surtout à petite échelle. Et pour le routage, une route de montagne dans le Kef ou une piste dans le Dahar n'a pas la même vitesse de traversée qu'une nationale du Sahel.
Dans la pratique, on voit souvent des équipes démarrer avec une carte mondiale, tester sur le centre de Tunis, être satisfaites, puis découvrir le problème quand leurs premiers clients de Sidi Bouzid ou de Médenine se plaignent d'adresses introuvables. Mieux vaut regarder la carte du pays en entier avant de choisir sa base cartographique.
Si vous voulez vérifier ce que TMaps couvre exactement dans votre zone, la page couverture cartographique détaille le nombre de routes par gouvernorat, notre carte de la Tunisie interactive permet de la parcourir ville par ville, et nos fonds de carte sont testables avec un compte gratuit.