Quand vous ouvrez une carte sur votre téléphone, vous voyez des rues, des noms, des bâtiments, des ronds-points. Rien de tout ça n'est apparu par magie. Chaque tracé a été relevé, dessiné, vérifié et, avec un peu de chance, mis à jour par quelqu'un. C'est là que les cartes se distinguent : pas sur la couleur des routes, mais sur la provenance et la fraîcheur de ce qu'elles montrent. Pour la Tunisie, la question mérite d'être posée, parce que les réponses ne sont pas les mêmes qu'ailleurs.
Les quatre sources d'une carte
Le relevé terrain
C'est la méthode la plus ancienne et toujours la plus fiable : quelqu'un parcourt physiquement les rues avec un récepteur GPS, note les noms sur les plaques, les sens de circulation, les ralentisseurs, l'emplacement des commerces. C'est lent et ça coûte cher, mais c'est la seule façon de savoir qu'une rue de la zone industrielle de Ben Arous a changé de sens, ou que le café qui servait de repère à tout le quartier a fermé.
L'imagerie satellite et aérienne
Vue du ciel, une ville se lit assez bien : on distingue les routes, les bâtiments, les terrains vagues. Les cartographes tracent par-dessus ces images. Ce qu'elles ne disent pas, c'est le nom de la rue, le sens de circulation, ou le fait qu'une route visible sur la photo est en réalité fermée par une barrière. Et la fraîcheur des images varie énormément : certaines zones sont photographiées souvent, d'autres attendent plusieurs années.
OpenStreetMap et sa communauté
OpenStreetMap, c'est la carte collaborative mondiale, éditée par des bénévoles, sous licence libre. En Tunisie, une communauté de contributeurs existe et travaille depuis des années. Le résultat est inégal, comme partout : certains quartiers sont cartographiés rue par rue avec les commerces, d'autres n'ont que les axes principaux. C'est une base précieuse, à condition de vérifier avant de s'y fier pour une activité commerciale. Nous en parlons plus longuement dans données géospatiales ouvertes en Tunisie.
Les données publiques
L'État et les collectivités produisent aussi de la donnée géographique. L'Office de la Topographie et du Cadastre, comme son nom l'indique, travaille sur le cadastre et la topographie. Les municipalités connaissent leur voirie et leurs rues mieux que personne. Ces données existent, mais leur accès, leur format et leur fraîcheur varient beaucoup d'une source à l'autre. Dans la pratique, les intégrer demande un travail de conversion et de rapprochement, et il est rare qu'elles suffisent seules à faire une carte utilisable dans une application.
Pourquoi les cartes mondiales sont en retard sur les nouveaux quartiers
Prenez un lotissement récent à Raoued, à Sakiet Ezzit ou en périphérie de Kairouan. Les rues sont tracées, les maisons se construisent, les gens y habitent. Ouvrez une carte mondiale : au mieux des lignes sans nom, au pire un terrain vague.
Ce n'est pas de la mauvaise volonté. Un fournisseur mondial doit prioriser, et un quartier de deux mille habitants au sud de Kairouan pèse peu face à une banlieue de Londres. Son pipeline repose sur l'imagerie, qui a parfois un ou deux ans de retard, et sur les signalements d'utilisateurs. Or il y a peu de signalements là où il y a peu d'utilisateurs de l'appli. Les noms de rues, eux, n'apparaissent sur aucune photo satellite. Le cercle se referme : moins il y a de données, moins les gens utilisent la carte, moins il y a de corrections.
C'est ce qui explique un chiffre que nous mettons en avant : sur les zones périurbaines et les nouveaux quartiers, TMaps compte en moyenne deux fois plus de routes nommées que Google Maps. Non pas parce que nos algorithmes sont meilleurs, mais parce qu'une équipe basée à Tunis passe son temps sur ces zones-là, et qu'elles sont sa priorité plutôt qu'une ligne en bas d'une liste mondiale.
La cartographie en Tunisie, un travail qui ne s'arrête jamais
Une carte n'est jamais finie. Une route est ouverte, une autre passe en sens unique, un rond-point remplace un carrefour, une avenue est rebaptisée. Rien que dans le Grand Tunis, entre les chantiers d'Ennasr, de La Marsa et des Berges du Lac, les changements se comptent chaque mois.
Maintenir une carte, c'est donc organiser un flux : des sources qui signalent des changements (relevés, imagerie, retours d'utilisateurs, clients qui remontent une adresse introuvable), un processus de vérification pour ne pas intégrer n'importe quoi, et une publication régulière pour que le changement arrive jusqu'aux applications. Chez nous, les remontées des clients sont une source sous-estimée : un livreur qui bute trois fois sur la même rue manquante nous en apprend plus qu'une semaine d'imagerie.
Un avis personnel : ce qui compte le plus, ce n'est pas le nombre d'éléments dans la base, c'est le délai entre le moment où la réalité change et le moment où la carte le reflète. Une base énorme mais figée vieillit très vite. Une base plus petite mais entretenue chaque semaine rend plus de services.
Ce que « couverture » veut dire concrètement
Le mot est utilisé partout et il ne veut pas dire grand-chose tant qu'on ne précise pas de quoi on parle. « Couvrir les 24 gouvernorats » peut signifier avoir les routes principales partout, ce qui est le minimum, ou avoir les rues résidentielles nommées, les bâtiments et les commerces, ce qui est une tout autre affaire.
Quand vous évaluez une carte pour votre projet, posez des questions précises :
- Les rues résidentielles ont-elles un nom, ou seulement un tracé ?
- Les zones qui vous intéressent (pas la capitale, vos zones à vous) sont-elles à jour ?
- Les noms existent-ils en arabe et en français ?
- Les adresses sans numéro, les cités, les repères locaux sont-ils dans le référentiel ?
Pour TMaps, la réponse est sur la page couverture cartographique : plus de 120 000 routes réparties sur les 24 gouvernorats, avec un niveau de détail qui varie selon les zones. Nous préférons le dire clairement plutôt que d'annoncer une couverture uniforme qui n'existe nulle part.
Si vous voulez savoir qui est derrière ces données et comment l'équipe travaille, la page à propos raconte l'histoire. Et si une zone qui vous intéresse vous semble incomplète, dites-le-nous : c'est comme ça que la carte avance.